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1851 : Le Var s'enflamme


 
 
 

Bibliographie

La fortune des Rougon d'Emile Zola
L'INSURRECTION DU VAR en décembre 1851
de BLACHE NOEL - 16€ (Editeur Jeanna Lafitte)



 

C'est par le coup d'état du 2 décembre 1851, que Louis-Napoléon Bonaparte mit un terme à la Seconde République et ouvrit la voie du Second Empire.
Si Paris et les grandes villes ne bougèrent presque pas, cette fois,
c'est du fond des campagnes qu'éclata la colère.
En Provence, des dizaines de milliers d'hommes, pour la plupart des paysans, prirent les armes et marchèrent contre la dictature.
Par amour de la République, nombre d'entre eux allaient perdre leur vie... ou leur liberté.
 
         
 

Sites web

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Mémoires du Var
René Merle, historien
L'histoire par l'image
1851
LDH Toulon

  

   
                 
 
mausolée Aups
Érigé dans le cimetière d'AUPS en 1885,
ce mausolée-rotonde recueille les restes des insurgés varois
       
   

Plan

La république est proclamée
La fin de la monarchie
L'insurrection de 1851 dans le Var
Les varois et la seconde République

 
         

1848 : La République est proclamée

Le 24 février 1848, après des émeutes et des barricades dans Paris, la République est proclamée. Aux élections d'avril, la bourgeoisie, seule force politique cohérente du pays, l'emporte. L'Assemblée constituante comprenait ainsi une majorité de républicains modérés qui ne voulaient pas d'une république sociale. Mais, rapidement, un conflit éclate entre la Chambre et la classe ouvrière (les " sanglantes journées de juin ").

L'Assemblée confie l'exécutif à un Président de la République élu au suffrage universel pour 4 ans. Face à une opposition républicaine divisée, Louis-Napoléon Bonaparte est élu le 10 décembre 1848 à une écrasante majorité. Aux élections législatives de mai 1849, le " parti de l'Ordre ", réunissant les conservateurs, l'emporte largement. Par la suite, le Prince-Président laissa habilement l'Assemblée se déconsidérer auprès des masses par des mesures cléricales ou restrictives des droits populaires. Pendant ce temps, Louis-Napoléon Bonaparte s'adressait directement au peuple.

N'ayant pu obtenir de l'Assemblée un accroissement de ses pouvoirs par la révision de la Constitution, et souhaitant conserver le pouvoir, il organise un coup d'Etat le 2 décembre 1851. Malgré des résistances dans certains départements, il s'impose en organisant la répression. Ainsi, le coup d'Etat fut massivement approuvé par le plébiscite du 21 décembre et à la suite d'un nouveau plébiscite, l'Empire fut proclamé le 2 décembre 1852.

La fin de la monarchie

Reportons-nous en ce mois de février 1848, qui vit tomber la monarchie. L’insurrection parisienne venait de chasser le roi Louis-Philippe et avec lui s’écroulait un régime où seuls les riches avaient le droit de voter et les très riches le droit de se faire élire. Désormais tous les hommes majeurs et non condamnés obtenaient le droit de vote. la République naissante n’étant pas généreuse au point d’envisager que les femmes puissent se mêler de la vie de la cité. “Femnas non son gents”.

Le 25 février, devant l’immense foule ouvrière parisienne exigeant le drapeau rouge comme nouveau drapeau national, Lamartine brandit le drapeau tricolore et le fait triompher. Le drapeau rouge, clamait-il, le drapeau rouge est un drapeau de sang et de terreur, le tricolore porte à la fois le souvenir de la grande révolution et de l’empire, et les espérances de réconciliation nationale. Le poète était bien aveugle, car ce que le peuple ouvrier mettait dans la symbolique du rouge n’était pas le désir de meurtre et de pillage, mais l’espérance de nouvelles structures sociales chassant la malédiction de l’injustice et de la misère.

On connaît la suite : dès juin 1848, ces espérances ouvrières étaient noyées dans le sang à Paris, à Rouen, à Marseille, bientôt à Lyon. Le drapeau tricolore se déchirait en fait en trois drapeaux. Le peuple ouvrier des grandes villes, vaincu, profondément déçu par la République, gardait le rouge. Les nouveaux notables républicains et les centristes de tous poils se disaient Bleus. Et les nostalgiques de la royauté évidemment se regroupaient derrière le drapeau blanc.
Toute l’histoire, la brève histoire de la Seconde République, sera façonnée par la lutte de ces trois courants.

Dans nos régions, ce basculement des ruraux dans le rouge s’explique par le sentiment d’égalitarisme diffus, relié au souvenir de la grande révolution qui avait émancipé la paysannerie de la féodalité. Plus les Blancs et les Bleus se rassemblent dans une crispation conservatrice, plus ils renforcent ce parti de l’Ordre qui garde de façon très répressive le pouvoir, et plus les paysans voient dans ces notables les héritiers des seigneurs d’avant 89.

L'insurrection de 1851 dans le Var

En réaction au coup d'Etat du 2 décembre 1851 mené par le président de la République, Louis Napoléon Bonaparte, et par lequel il s'empare du pouvoir, le Var et 26 autres départements du centre et du Midi se soulèvent au nom de la constitution de 1848 et pour sauver la République.

Dans le Var, sitôt la nouvelle connue, le 3 décembre, des rassemblements ont lieu. A Toulon, les républicains se heurtent au dispositif militaire renforcé par le nouveau préfet Pastoureau, et les premières arrestations sont opérées. A Draguignan, la garnison garde la préfecture mais ne peut arrêter les républicains. Commencée dès le 4 au Luc, à Vidauban, à La Garde Freinet, à Cogolin, l'insurrection s'étend le 5 à presque toutes les communes de l'arrondissement de Brignoles, du sud de l'arrondissement de Draguignan et de l'est de celui de Toulon ainsi que dans quelques communes de l'arrondissement de Grasse. Des commissions municipales s'installent dans les mairies et désarment les gendarmes. Les insurgés réquisitionnent armes, poudres, vivres, contrôlent la circulation sur les routes et projettent de marcher sur Draguignan.

A Toulon, l'armée constitue une colonne expéditionnaire menée par le colonel Trauers et le préfet Pastoureau. Dès le 5 au soir, l'insurrection est vaincue dans les arrondissements de Toulon et de Grasse.

Au cours des 5 et 6 décembre, les insurgés venus de Cogolin, Grimaud, St-Tropez, La Garde Freinet, Brignoles et du Luc convergent vers Vidauban. Le 7, Duteil, chef de la colonne insurrectionnelle, renonce à prendre d'assaut Draguignan et décide de partir vers le nord afin d'opérer la jonction avec l'armée des Basses-Alpes. Le 8, la colonne, forte de plus de 3000 hommes atteint Aups.

De son côté, après avoir traversé Le Luc et d'autres villages et rétabli les municipalités, la colonne de répression atteint Draguignan le 8 alors qu'une autre armée partie de Marseille reprend Brignoles. Le 10, Aups est repris. Parmi les insurgés, on compte des dizaines de tués. Les jours suivants, une véritable chasse à l'homme se met en place. La colonne militaire revient à Toulon le 13 avec de nombreux prisonniers enfermés au Fort Lamalgue. Dénonciations et arrestations se multiplient jusqu'à la fin décembre.

Et, au total, dans le Var, 3147 insurgés dont 16 femmes sont condamnés à des peines diverses dont la transportation en Algérie et l'internement. Certains insurgés seront graciés par Louis Napoléon Bonaparte, proclamé Empereur en 1852.

Ce mouvement insurrectionnel a été peu à peu réhabilité à partir de la IIIème République, et notamment avec la loi de réparation nationale aux victimes du coup d'Etat votée le 30 juillet 1881. Pendant la Seconde Guerre mondiale, des résistants du Var affirment même leur filiation avec les insurgés de 1851.

Il est intéressant de noter que cette insurrection de 1851 est le fil conducteur de " La Fortune des Rougon ", premier des 20 tomes des Rougon Macquart d'Emile Zola.

             

Les Varois et la Seconde République

En 1848, le territoire du département du Var est beaucoup plus vaste qu’aujourd’hui : l’arrondissement de Grasse est varois et, aux portes de Nice, le fleuve Var fait frontière avec les terres de la Maison de Savoie.
Le grand port de Toulon vit au rythme de l’Arsenal et de la Marine nationale. Mais à l’Est d’Hyères, le littoral est presque vide d’habitants, Fréjus et Saint-Raphaël ne sont que de modestes cités. Par contre, le Var intérieur présente un tissu rural dense constellé de localités où artisans et ouvriers se mêlent aux travailleurs de la terre.
Soulignons que, dans les années qui avaient précédé la Seconde République, nombre de « sujets piémontais », autrement dit Niçois et Gavots, avaient fourni leurs bras à l’agriculture comme à l’industrie naissante des Bouches-du-Rhône et du Var.

Ce département du Var va se singulariser dès l’adoption par la jeune Seconde République du suffrage un peu vite baptisé universel (il n’était que masculin). Aux législatives du printemps 1848, les électeurs varois font, dans une grande confusion de candidats et de programmes, leur apprentissage de citoyens. Ils dispersent leurs voix que se disputent républicains de la veille ou du lendemain, conservateurs déguisés en modérés, mais aussi socialistes, voire communistes implantés dans des noyaux d’artisans et d’ouvriers. Rien de bien original par rapport aux autres départements méridionaux.
La grande surprise vient de l’élection présidentielle de décembre 1848. Après avoir écrasé dans le sang, en juin 1848, la vague de revendications ouvrières, les républicains « modérés » au pouvoir avaient concocté une Constitution qui confiait le pouvoir exécutif, nouveauté absolue, à un Président omnipotent. On ne soulignera jamais assez combien cette néfaste constitution est la matrice de la nôtre, dont on mesure plus que jamais combien elle est grosse de dérive monarchiste.
Le Président, homme à poigne, dont les « modérés » espéraient la perpétuation de leur pouvoir, devait être le général Cavaignac, celui-là même qui avait noyé dans le sang l’insurrection ouvrière parisienne de juin 1848.
Mais on sait que ce candidat officiel fut balayé en décembre 1848 par l’aventurier politique Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de l’Empereur. Dans la nostalgie d’un Empire revisité, continuateur de la grande Révolution, la vague bonapartiste avait charrié l’immense foule des déçus de la République, et au premier chef les paysans durement imposés, et les ouvriers écrasés en juin.
Louis-Napoléon obtint la majorité absolue dans tous les départements, sauf quatre, qui votèrent Cavaignac : les Bouches-du-Rhône, le Finistère, le Morbihan... et le Var.

Comment interpréter ce vote varois ? Rien à voir avec l’engagement décisif de l’Église dans les deux départements bretons. Certes, comme dans les Bouches-du-Rhône voisines, il fait prendre la mesure du poids des notables varois de tout poil, conservateurs ou « modérés », qui voyaient dans Cavaignac un rempart contre le péril rouge. Mais, au-delà d’une présence non négligeable des différents courants de l’Extrême Gauche, depuis longtemps dans l’espérance de la République, le vote varois témoigne aussi d’un républicanisme populaire bien ancré, propagé depuis des années notamment par la jeunesse étudiante des fils de petits notables, et par les instituteurs. Les élections de 1849 allaient rapidement révéler l’hétérogénéité de ce massif bloc « Cavaignac » départemental.
Alors que les « Bleus » modérés fondaient comme neige au soleil varois, le corps électoral se scindait violemment entre « Blancs » conservateurs et « Rouges » démocrates-socialistes. Malgré une répression administrative très dure initiée par le préfet Haussmann, (plus tard célèbre par son remodelage de Paris), les « Rouges » conserveront en 1850 et 1851 leur avantage électoral de 1849.
C’est cette rapide montée en puissance et cet enracinement maintenu des « Rouges » qui explique la levée en masse varoise contre le coup d’État du 2 décembre 1851.

Les « Rouges » varois ne sont pas un parti, au sens actuel du terme, mais un mouvement d’opinion dont la base est le groupe local : mise en communication « horizontale » des cercles locaux, rapports plus ou moins directs avec les leaders départementaux, à Draguignan et Toulon, et régionaux (Marseille).
On ne soulignera jamais assez le rôle du journal « rouge » départemental, Le Démocrate du Var, dans cette cohérence organisationnelle complexe et dans l’influence électorale démocrate-socialiste. Les autorités en étaient si bien convaincues qu’elles chercheront à le tuer, par les procès, les saisies, les amendes et les limitations de diffusion.
On ne soulignera non plus jamais assez l’importance décisive, dans cette conquête de l’opinion populaire, de la présence innombrable des militants, de leur parole et de leurs initiatives au plus près de la réalité populaire : sur les lieux de travail comme sur ceux de rencontre amicale ou festive.
On ne soulignera non plus jamais assez le rôle de cette jeunesse populaire qui s’engagera avec enthousiasme dans l’organisation semi-clandestine locale, en perspective de l’action, lorsque les menaces de coup d’État deviendront de plus en plus évidentes.
Pour autant, ce front « rouge » n’est pas un bloc homogène : il est, pour employer un langage contemporain, un « front de classes » (paysannerie de petits propriétaires, artisans, ouvriers agricoles et ouvriers de la petite industrie ou de l’arsenal, instituteurs, notaires, médecins...). Il présente donc dans les engagements des uns et des autres des nuances, des clivages, voire parfois des oppositions.

Mais ce qui les unit procède de deux données fondamentales.
La première, nourrie des souvenirs de 1789 et de 1793, est l’espérance quasi messianique de la vraie République, la « Bona », la « Santa », la République du Peuple et non pas celle du « Parti de l’Ordre » au pouvoir, celle des « Gros » et des aristocrates. L’horizon de la victoire est celui des élections de 1852. Horizon de fraternité qui se concrétise déjà par la solidarité entre les « Frères et Amis » : par exemple, on travaille le champ du camarade malade.
La seconde donnée, on ne le soulignera non plus jamais assez, est la ténacité avec laquelle les « Rouges » donnent un contenu très concret à leur propagande. L’espérance républicaine s’appuie sur un programme immédiatement réalisable de lutte contre l’usurier, d’organisation du crédit agricole, de défense de la petite propriété, de mutuellisme, de généralisation de l’instruction, de l’affirmation des libertés communales, etc. « Socialisme pratique » que les ouvriers bouchonniers de La Garde Freinet initient avec leur mouvement coopératif...
C’est ce faisceau de données qui explique la puissance de la résistance varoise au coup d’État de 1851 : le succès de Louis-Napoléon signait la fin de l’espérance de 1852.
On sait comment cette « insurrection légaliste », contre un Président qui violait la Constitution, fut écrasée par l’armée.
Des centaines d’insurgés varois trouvèrent refuge et hospitalité dans le Comté de Nice, où beaucoup se fixeront.
Mais l’écrasement de décembre 1851 ne signifiait pas la fin du républicanisme varois. Il relèvera progressivement la tête, et, dès la chute de l’Empire, en 1871, les Varois n’envoient au Parlement que des députés républicains radicaux, cependant que le préfet provisoire, ancien leader de l’insurrection de 1851, témoignait de sa sympathie à l’égard de la Commune de Paris.

Extraits de textes publiés par René Merle